Entretien avec mme Dethes Blanche
Posté le 14.04.2007 par Joséphine Baker
Entretien avec Mme Dethes Blanche, institutrice de 87 ans.
Durant votre adolescence avez-vous souffert d’un manque de liberté ?
Tout d’abord, il faut que vous sachiez que la notion d’adolescence est une notion récente, qui n’avait pas court à mon époque. Le stade de l’enfance était prolongé surtout en ce qui concernait les filles…
Notre statut était peu enviable, nous avions beaucoup plus de devoir et d’obligations que les garçons.
Le manque de liberté pour moi à été dans un premier temps la difficulté à obtenir le droit « à l’instruction ». Étant une fille, j’étais « programmée » à être une bonne épouse et une bonne mère de famille. Pour mes parents, il était normal que mes frères aînés aient le désir d’apprendre, de se cultiver. Moi, il m’a fallu me battre pour obtenir se droit.
Est-ce que votre revendication d’étude était liée à un désir d’indépendance financier ?
Certainement, l’exemple de maman à été pour beaucoup dans mon choix. En effet, comme beaucoup de femme de l’époque, elle dépendait du choix ou du refus de son époux face à une dépense.
Les femmes étaient en quelque sorte pieds et poings liés face à une situation :
Sans argent, certaines ne pouvait quitter le domicile conjugal sans se retrouver à la rue, et elles devaient subir brimades et vexations sans pouvoir sans libérer…
Toutefois, pour être honnête, c’est la soif de connaissances et le besoin de la communiquer à d’autre qui est à l’origine de ma revendication.
Que représente pour vous l’obtention du droit de vote en 1944 ?
Tout d’abord, que mon action ainsi que celle de mes camarades dans la résistance n’avait pas été vaine et qu’enfin la femme n’était plus le fer valoir de l’homme mais qu’on lui reconnaissait intelligence, discernement, et capable d’un choix et d’un engagement politique au niveau de la nation !
Une des libertés fondamentales est la liberté d’exprimer son opinion qu’elle soit politique ou autre.
Pour moi nous passions du stade de la féodalité au temps moderne !
Dans le cadre des libertés, le droit à l’avortement est-il à votre sens un progrès ?
La question est difficile… Il faut se replacer dans le contexte de l’époque où je suis née et du poids, pour ne pas dire de l’entrave ! de l’éducation reçue.
Je suis persuadée que la femme est la seule propriétaire de son corps et que la maternité doit être un choix librement consentit, ce qui ne sous-entend pas une libération sexuelle à outrance ! Face aux avortements clandestins, aux femmes mortes ou celles misent au banc de la société, je dis oui à l’avortement non caché. Ce qui m’a le plus révolté ce sont « les faiseuses d’ange » qui ont été « lapidées » par la morale des hommes. Une amie à moi à été jugé et emprisonnée pour avoir aidé, son seul tort s’est, de par cette action, de s’être opposé au dictat des hommes. Mais, l’avortement ne peut et ne doit être un moyen contraceptif…
Et en ce qui concerne ces moyens contraceptifs ?
Nous sommes toujours dans la même ligné de liberté. Toutefois il faut savoir qu’ils ont toujours existé sous diverses formes avec plus ou moins de réussite ! Souvent, ils étaient laissés à l’initiative de l’homme et là, la balance a basculé du côté de la femme.
Moi-même, j’ai eu deux enfants, nés de mon choix et de celui de mon mari.
Que pensez vous, de l’image que notre société véhicule de la femme et de l’homme ? (je montre ici les publicités rassemblées.)
Quel retour en arrière mademoiselle ! Vous me montrer cette publicité sur des kilos à perdre… La femme, à nouveaux, est réduite à n’être qu’un corps ! Je remarque la recherche de l’éternelle jeunesse, elle ne semble justifier sa présence que pour plaire à l’homme. Tout est réfléchis dans le sens de la femme-objet.
Ce-ci est valable aussi bien à la télévision que dans les magazines, on ne peut plus vanter les mérites d’un yaourt sans passer par l’exposition d’une nudité féminine ! Toutefois il semblerait que les produit ménager soit réservés à un certain type de femme, bonne ménagère !
C’est très inquiétant, car il y a manipulation de la jeunesse qui au travers de ces publicités se persuade qu’il n’y a d’avenir pour la femme que dans le physique avec des critères très étroits à mon sens.
La banalisation du corps féminin dénudé renforce l’idée que les hommes se font de leur « puissance ».
Cette autre publicité « la beauté au masculin » est très intéressante.
Elle tendrait à adoucir mes remarques précédentes ! Ainsi, l’homme n’ait plus tout puissant car il a lui aussi des préoccupations dites « purement féminine » à savoir sa beauté. Il ne se soucie plus d’imposer son autorité mais de savoir comment préserver son capitale beauté.
Parmis toutes ces publicités laquelle se rapproche le plus de l’image de l’homme et de la femme que vous vous faites ?
Pour ce qui concerne l’homme le choix est difficile ! car mes critères de beauté ne sont certainement pas les vôtres ! Toutefois je choisirais notre chanteur national Jonny Hallyday.
Pourquoi ?
Et bien, parce que cette publicité met en évidence la dualité de l’homme, son côté clair et son côté obscur. Il n’est plus une icône mais il a ses faiblesses.
Tout se porte sur son visage et la représentation est décente.
Pour la femme, la publicité de Clarins représente le côté naturel spontané de la femme. Le mannequin est photographié sans excès de maquillage en noir et blanc ce qui accentue l’esthétique.
Il n’y a pas de désir de plaire à l’homme mais de se faire plaisir à elle en retardant les effets du temps. La femme me semble placée au centre de ses préoccupations à elle. Ne serait-ce pas une forme de liberté ?
De toutes les libertés acquises par la femme laquelle est la plus importante pour vous ?
Derrière chaque liberté obtenue, il y a le combat, l’implication de femmes, anonymes ou connues. Seriez-vous prêtes à renoncer à une liberté ! Je ne pense pas qu’il y est une échelle de valeur dans les libertés obtenues. Toutefois, je crois que la liberté d’opinion à permis l’éclosion de toutes les autres formes de liberté, la femme qui a dit non une fois a été la pionnière de toutes les possibilités. En conclusion, je voudrais dire que si autrefois « on ne naissait pas femme mais on le devenait » à l’heure actuelle vous avez le devoir de continuer le combat des mamies de jadis !
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intéressant!
Posté par
jmc le 14.04.2007
ton blog ne manque pas d'intérêt, surtout les entre tiens.
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